[Thèse] Modélisation de l’interaction au niveau des thèmes dans les conversations pathologiques

Encadrement

La thèse se déroulera au sein de l’équipe Sémagramme, une équipe du laboratoire LORIA (UMR 7503) commun entre l’INRIA, l’Université de Lorraine et le CNRS d’une part et le CLASP de l’université de Göteborg en Suède.

Elle sera dirigée par Maxime Amblard (maxime.amblard@univ-lorraine.fr) et Ellen Breitholtz (ellen.breitholtz@ling.gu.se)

Description

Le dialogue est au cœur des interactions humaines, mais il est aussi le lieu de nombreux malentendus. Il est donc intéressant de construire des modèles pour représenter le dialogue et tenter de mieux comprendre les caractéristiques d’une interaction cohérente.
Depuis la sémantique de Montague [BM14], de nombreuses théories ont été proposées pour modéliser le sens du langage et en particulier les théories de modélisation du discours [GBM20, LA07]. Certaines d’entre elles ont été étendues afin de prendre en compte l’interaction et d’être adaptées au dialogue [HAK+15, AMR14] . L’interaction est cependant complexe à caractériser et à modéliser. Dans les conversations, les participants échangent sur différents sujets et la compréhension de l’état actuel du dialogue par chaque participant repose sur son interprétation du sujet discuté. De plus, nous devons également tenir compte du courant de conscience ou d’un autre événement externe dans le contexte de la conversation. Par conséquent, des malentendus peuvent conduire à des ruptures de compréhension.
La SDRT, [AL03] est présentée comme une extension de Discourse Representation DRT [KR93]. Cette théorie du discours a été introduite par Hans Kamp afin d’introduire un modèle dynamique du calcul sémantique. Pour ce faire, la DRT s’appuie sur la tradition montagovienne de la sémantique, qui établit un lien fort entre le langage naturel et la logique. Cependant, ce type d’approche ne permet pas de capturer des phénomènes dynamiques tels que les donkey sentences [Qui64]. L’un des défis techniques est de définir une notion de portée du quantificateur qui soit suffisamment flexible pour s’adapter à un énoncé entier. En cela, Hans Kamp ne rompt pas avec une tradition basée sur la compositionnalité, mais ouvre la voie à un calcul plus flexible. Hans Kamp propose à l’origine de telles structures de la DRT comme des états mentaux.
Cependant, les participants sont généralement d’accord implicitement sur le sujet, ce qui n’est pas toujours évident. Interpréter correctement la conversation est encore plus compliqué lorsque le dialogue implique des participants souffrant de troubles du langage, comme les patients atteints de schizophrénie [BCHL21]. Par conséquent, les dialogues impliquant de tels participants mettent en évidence des caractéristiques qui jouent un rôle majeur dans la cohérence et la compréhension du dialogue car elles sont plus difficiles à modéliser.

Buts et objectifs

Les théories classiques de représentation du dialogue [MGL+18, Bre20] ont un niveau de complexité élevé car elles tentent de modéliser la contribution de chaque énoncé au contexte et l’interprétation de chaque participant à tout moment de la conversation. Si ces théories permettent une analyse très précise, elles rendent plus compliquée la compréhension globale du dialogue et l’interaction au niveau du sujet est perdue. Il est donc intéressant de réfléchir à une représentation au niveau du sujet qui permettrait de suivre la conversation et d’analyser l’interaction inter- et intra-sujet. De plus, la formalisation de ce modèle permettrait d’expliquer les caractéristiques d’une rupture de dialogue au niveau thématique et de représenter les différents points de vue du dialogue lorsque les interprétations des participants divergent.
La métaphore de l’utilisation du langage, en particulier de la conversation, comme un jeu, remonte à wittgenstein1953 et [Lew79]. Lewis a affirmé que le développement d’une conversation peut être vu en termes de score analogue à celui d’un jeu comme le baseball. Lewis a également introduit l’idée d’un tableau d’affichage qui permet de suivre l’évolution du dialogue.

Le Dialogue GameBoard (DGB) est la version de Ginzburg de l’approche du tableau d’affichage pour l’analyse du dialogue [G+96, Gin98, Gin12, GF+10, CG12], et une caractéristique importante de sa théorie de la sémantique du dialogue – KoS – qui a été développée au cours des vingt dernières années. Ce modèle est influencé par les travaux précédents en ce qui concerne la disposition du dgb. Nous proposons une version du dgb qui inclut les enthymèmes et les topoï, et qui tient compte de la manière dont ils peuvent interagir entre eux et avec divers facteurs contextuels et co-textuels pour créer. Pour des informations générales sur la sémantique des tableaux de jeu dans les TTR, nous recommandons la littérature mentionnée ci-dessus, en particulier [Gin12] et [Coo16].
Suivant [Coo16], nous traiterons l’état d’information d’un participant à une conversation comme un enregistrement, et le tableau de dialogue qui représente le type de cet état d’information comme un type d’enregistrement. Cela signifie que les structures dont nous nous occuperons représentent généralement les types d’états d’information particuliers plutôt que les états d’information eux-mêmes. Ainsi, le tableau de dialogue d’un agent A est un type d’état d’information de cet agent.

Nous nous intéressons à la manière dont les caractéristiques conversationnelles et contextuelles sont introduites et intégrées dans le modèle de discours dans la perspective de [Bor21]. Nous nous concentrons particulièrement sur la façon dont les agents individuels puisent dans des ressources individuelles (et parfois distinctes). Les exemples de dialogues réels seront donc décrits et analysés en utilisant des tableaux de jeu séparés pour chaque agent, représentant les types de leurs états d’information respectifs.
L’objectif de cette thèse est d’explorer le modèle des dialogues, en particulier la manière de combiner la théorie des enthymèmes et la SDRT. La figure 1 montre comment certaines informations sur la structure

 

Bibliographie

[AL03] Nicholas Asher and Alex Lascarides. Logics of conversation. Cambridge University Press, 2003.

[AMR14] Maxime Amblard, Michel Musiol, and Manuel Rebuschi. L’interaction conversationnelle à l’épreuve du handicap schizophrénique. Recherches sur la philosophie et le langage, 31:1–21, 2014.

[AMR21] Maxime Amblard, Michel Musiol, and Manuel Rebuschi. (In)coherence of Discourse. Formal and conceptual issues of language. Language, Cognition and Mind (Chungmin Lee “Editor Springer book series). Springer, June 2021.

[BCHL21] Ellen Breitholtz, Robin Cooper, Christine Howes, and Mary Lavelle. Reasoning in Multiparty Dialogue Involving Patients with Schizophrenia, pages 43–63. Springer International Publishing, Cham, 2021.

[BM14] Jon Barwise and Julius Moravcsik. Formal philosophy. selected papers of richard montague. edited and with an introduction by thomason richmond h.. yale university press, new haven and london 1974, 369 pp. The Journal of Symbolic Logic, 47:210–215, 03 2014.

[Bor21] Maria Boritchev. Dialogue Modeling in a DynamicFramework. PhD thesis, IAEM, Université de Lorraine, 11 2021.

[Bre20] Ellen Breitholtz. Enthymemes and Topoi in Dialogue: The Use of Common Sense Reasoning in Conversation. Brill, Leiden, The Netherlands, 2020.

[CG12] Robin Cooper and Jonathan Ginzburg. Negative inquisitiveness and alternatives-based negation. In Logic, Language and Meaning, pages 32–41. Springer, 2012.

[Coo16] Robin Cooper. Type theory and language: from perception to linguistic communication. Draft of book chapters available from https://sites. google. com/site/typetheorywithrecords/drafts, 2016.

[G+ 96] Jonathan Ginzburg et al. Dynamics and the semantics of dialogue. Logic, language and computation, 1:221–237, 1996.

[GBM20] Bart Geurts, David I. Beaver, and Emar Maier. Discourse Representation Theory. In Edward N. Zalta, editor, The Stanford Encyclopedia of Philosophy, 2020. Spring 2020 Edition.

[GF+ 10] Jonathan Ginzburg, Raquel Fernandez, et al. Computational models of dialogue. Handbook of computational linguistics and natural language. Oxford: Blackwell. DOI: https://doi. org/10.1002/9781444324044. ch16, 2010.

[Gin98] Jonathan Ginzburg. Clarifying utterances. In Proc. of the twente workshop on the formal semantics and pragmatics of dialogues. Universiteit Twente, Faculteit Informatica, Enschede, pages 11–30. Citeseer, 1998.

[Gin12] Jonathan Ginzburg. The interactive stance. Oxford University Press, 2012.

[HAK+15] Julie Hunter, Nicholas Asher, Eric Kow, Jéréemy Perret, and Stergos Afantenos. Defining the Right Frontier in Multi-Party Dialogue. In 19th Workshop on the semantics and pragmatics of dialogue (SemDial 2015 – goDIAL), pages pp. 95–103, Göteborg, Sweden, 2015.

[KR93] Hans Kamp and Uwe Reyle. From discourse to logic: Introduction to modeltheoretic semantics of natural language, formal logic and discourse representation theory, volume 42. Springer Science & Business Media, 1993.

[LA07] Alex Lascarides and Nicholas Asher. Segmented Discourse Representation Theory: Dynamic Semantics With Discourse Structure, volume 3, pages 87–124. Kluwer, 10 2007.

[Lew79] David Lewis. Scorekeeping in a language game. Journal of Philosophical Logic, 8(1):339– 359, 1979.

[MGL+18] Vladislav Maraev, Jonathan Ginzburg, Staffan Larsson, Ye Tian, and Jean-Philippe Bernardy. Towards kos/ttr-based proof-theoretic dialogue management. In Proceedings of the 22nd Workshop on the Semantics and Pragmatics of Dialogue – Full Papers, Aix-en- Provence, France, November 2018. SEMDIAL.

[Qui64] Willard V Quine. Reference and generality, 1964.

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