Elles font le numérique #28 : Anna Bucchieri, spécialiste en robotique pour la réadaptation

 

Échanges avec Anna Bucchieri, maîtresse de conférences au Loria (CNRS-Université de Lorraine) et au Centre Inria de l’Université de Lorraine. (Équipe Hucebot)

Histoire et parcours

Quel est ton parcours ?

Je suis ingénieure biomédicale et j’ai effectué mes études universitaires à l’École polytechnique de Milan entre 2016 et 2021. J’ai ensuite obtenu un doctorat en ingénierie biomédicale en 2024 à l’Institut italien de technologie (IIT), où j’ai travaillé sur la réadaptation robotique pour les personnes atteintes de troubles neurologiques. J’ai ensuite réalisé un postdoctorat au Centre Inria et au Loria, à Nancy, où j’ai collaboré avec le CHRU sur le projet EXOSIM, un projet visant à évaluer l’utilisation des exosquelettes dans les contextes industriels et ergonomiques.

Je suis actuellement maîtresse de conférences à l’Université de Lorraine.

Recherche et ambition

Peux-tu nous parler plus précisément de ton poste et de tes travaux ?

En tant qu’enseignante-chercheuse, je dispense des cours universitaires et développe mes propres recherches.

Concernant l’enseignement, je suis rattachée à l’INSPÉ, où j’anime divers cours sur l’utilisation des outils numériques tels que la réalité augmentée, la réalité virtuelle et la robotique pour la création de supports de formation destinés aux futurs enseignants et formateurs.

Concernant la recherche, je travaille au sein de l’équipe-projet HUCEBOT*, où j’étudie comment l’assistance robotique et la ludification peuvent être modulées en contexte de réadaptation afin d’optimiser l’engagement des patients lors des séances de thérapie.

Y a-t-il eu un élément déclencheur dans ton parcours scientifique ?

Mes études ont nécessité une interaction avec des patients qui utilisent les plateformes de recherche que je développe. Le fait de constater l’intérêt, l’engagement et l’enthousiasme de ces personnes est l’un des principaux moteurs de mon parcours.

Quelles sont tes aspirations ou ambitions pour la suite ?

Mon aspiration est de créer des dispositifs innovants qui permettent aux personnes handicapées de retrouver leur autonomie et d’améliorer ainsi leur qualité de vie. Mon ambition est d’y parvenir grâce à mes recherches.

Parité et inclusion

Comment envisages-tu la question de la représentativité des femmes dans la recherche ?

La question de la représentativité des femmes dans la recherche dépend fortement du domaine d’étude. En robotique, il subsiste un écart important entre les sexes, les femmes étant moins nombreuses, mais les statistiques indiquent que la situation évolue positivement.

Grâce à l’information, à l’éducation et à un accès plus facile aux contenus scientifiques, les femmes jouent un rôle de plus en plus important dans le paysage de la robotique.

D’après toi, quels leviers actionner pour réduire l’écart hommes/femmes dans la recherche ?

Pour réduire l’écart entre les hommes et les femmes dans la recherche, il est nécessaire d’agir simultanément sur les processus institutionnels, l’équilibre de vie et la culture de travail. Cela passe par la mise en place de quotas et de critères de recrutement transparents pour limiter les biais de genre, ainsi que par la neutralisation de l’impact des congés parentaux sur le financement et la progression de carrière des chercheuses. Parallèlement, les institutions doivent déployer des formations obligatoires pour lutter contre les stéréotypes et conditionner les budgets de recherche à des critères d’égalité. Enfin, le développement de programmes de mentorat et la valorisation de rôles modèles féminins permettent de briser le plafond de verre et de sécuriser le parcours des femmes scientifiques vers les postes de direction.

As-tu un conseil à transmettre aux prochaines générations, notamment aux lycéennes ou étudiantes en questionnement d’orientation scolaire ?

Mon conseil principal serait de ne jamais accepter que l’on vous dise qu’un parcours n’est « pas fait pour vous » : il est essentiel de faire l’effort conscient de se détacher des stéréotypes avec lesquels nous avons grandi. L’enjeu est de ne pas tomber dans le piège de l’autocensure et d’éviter de s’infliger à soi-même les biais de genre qui brident nos choix d’orientation.

Au final, la boussole la plus fiable reste votre propre intuition : allez toujours vers ce qui nourrit votre curiosité, stimule votre créativité et suscite votre intérêt.

Si vous choisissez de suivre ce qui vous rend profondément heureuse et épanouie, il n’y a absolument aucune chance que vous fassiez un mauvais choix.

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Crédits : inria.fr