[Hommage] Marion Créhange, première femme doctorante en informatique Onglets principaux

Du calcul aux codes de programmation

La vie professionnelle de Marion fut d’une grande richesse. Sa carrière débute vers 1956 où Jean Legras, professeur de mécanique rationnelle, lui propose d’expérimenter avec lui la calculatrice électronique IBM 604. En 1958, Jean Legras obtient la venue d’un IBM 650 qui permet la naissance, place Carnot, du Centre de calcul automatique qui deviendra l’Institut universitaire de calcul automatique (IUCA), ancêtre du CRIN puis du LORIA (CNRS/Inria/Université de Lorraine). La première promotion dénombre quatre étudiants dont Marion. En 1959, elle devient assistante où elle apporte ses services à des universitaires de diverses disciplines. En 1961, elle débute une thèse de 3ème cycle sur les codes de programmation. En 1965, elle rejoint l’équipe de recherche de Claude Pair en tant que responsable du traitement des procédures récursives. L’idée pour lui est de mettre à l’épreuve ses idées et progresser dans la conception des compilateurs. Ce projet a jeté des bases essentielles du laboratoire, créé par Claude Pair, pour regrouper tous les chercheurs en informatique de Nancy quel que soit leur rattachement universitaire, et qui deviendra le CRIN.

« Marion fut l’une des toutes premières pionnières de l’informatique nancéienne et française et l’une des grandes figures de Nancy. Elle était une synthèse de curiosité, de doute, d’enthousiasme, d’engagement, d’ouverture sur les autres, de sensibilité et de pugnacité, le tout dans un écrin de modestie. Elle a su apporter beaucoup d’humanité dans un monde de plus en plus submergé par la technologie. »

Jean-Pierre Finance

Expert pour la recherche d’images : vers l’intelligence artificielle

Elle soutient sa thèse d’État en 1975, avec comme titre : « Description formelle, représentation, interrogation des informations complexes : système PIVOINES », métasystème qui comporte d’une part un formalisme de description de structures de données et d’autre part un langage d’accès, descriptif et non actif. Elle s’intéresse progressivement à l’Informatique et à la Science de l’Homme ». En 1981, sa carrière prend un nouveau tournant puisqu’elle accepte, grâce à son collègue, Roger Mohr, spécialiste des images au sein du laboratoire, de travailler sur l’utilisation de l’imageur documentaire en mosaïque et l’interrogation de bases de données d’images et de texte d’Henri Hudrisier.

En 1983, elle créa et dirigea au sein du CRIN une équipe nommée EXPRIM (Expert Pour la Recherche d’IMages) dont l’étude portait sur la sémantique de la communication Homme-Machine dans l’interrogation de vastes bases de données d’images, notamment au service des professionnels comme les journalistes et les illustrateurs, avec qui elle avait établi des contacts fructueux. Il s’agissait de réaliser une étude de faisabilité d’un système intégré de recherche d’images associant approches visuelle et textuelle dans la continuité de l’expérience déjà acquise avec l’imageur documentaire. L’objectif était d’aider un journaliste à illustrer un article. Ce journaliste posait une première requête et le système lui proposait un ensemble d’images. Le journaliste indiquait au système quelles étaient les images pertinentes et celles ne l’étant pas du tout. Et le système en déduisait une meilleure connaissance du besoin du journaliste. Et ainsi de suite, ce cycle étant manifestement un cycle d’apprentissage du système. Cela préfigure la fouille de données déjà dans l’esprit de l’intelligence artificielle et la communication Homme-Machine.

De nombreuses idées sont nées autour de ce projet initial et ont au fil du temps constitué la raison d’être de l’équipe EXPRIM jusqu’à son départ en retraite en 1997.

« Marion Créhange m’a accueilli dans mon premier poste à l’IUT Charlemagne. Marion était une grande pédagogue et une femme de culture. Première femme docteure en informatique, elle est aujourd’hui un symbole pour l’égalité femmes-hommes dans les métiers de la recherche. »

Jean-Yves Marion

Sa randonnée en informatique

En octobre 2021, le site Interstices.info a souhaité revenir sur les travaux de Marion Créhange et publie un article qui illustre parfaitement comment les scientifiques traverse leur discipline. Dans cet article, Marion Créhange montre les nombreuses possibilités qui ont jalonné son travail, sous forme d’un chemin au travers des montagnes, chères à son cœur.

« À chaque tournant du sentier, je découvre de nouvelles et belles perspectives, des pentes plus ou moins raides, et, ce qui est à noter, c’est que je ne vois que le paysage directement visible, sans réellement me rendre compte de l’immensité et de la beauté de l’espace dans lequel je progresse. »

Marion Créhange

 

« L’alliance de la théorie et des préoccupations de terrain, de la musique et des arts, de l’amitié et de la générosité, de l’attachement au patrimoine et de l’histoire familiale, le positif dans la difficulté, le positif dans sa relation aux autres, c’est ce que nous retiendrons de Marion. »

Marie-Christine Haton

Engagée pour le lien social

Sa curiosité, son goût des arts et de la musique (elle joua du violoncelle), sa générosité, ont conduit Marion à s’impliquer dans nombre d’associations et institutions, l’Académie de Stanislas où elle fut reçue membre en 2019, l’association Emmanuel Héré, Des’lices d’Opéra, et bien d’autres cercles où son rôle fut essentiel. Engagée aux côtés de Bernard, elle fut avec trois amies à l’origine, en 2000, du groupe Romarin, Rotary Marmite Interclub au bénéfice de la Soupe pour les Sans-Abri, et elle en a assuré le développement et la coordination pendant de longues années.

« Je regrette aussi de ne pas vivre, en acteur, les actuels progrès théoriques, mais surtout certaines applications extraordinaires. Je suis très impressionnée, maintenant, d’avoir participé à une évolution historique… Et de ne m’en être pas complètement rendu compte ! »

Marion Créhange

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Article source : Factuel