Calcul record pour l'équipe CACAO
L'équipe Cacao vient de remporter un record de calcul en démontrant la vulnérabilité d'une clé RSA de 768 bits.
L'équipe
Cacao vient de remporter un record de calcul en démontrant la
vulnérabilité d'une clé RSA de 768 bits. Fruit d'une collaboration avec
des chercheurs suisses, japonais,hollandais et allemands, et de la
puissance de Grid'5000, ce résultat permet de confirmer les
recommandations de l'Agence nationale de la sécurité des systèmes
d'information.
Nancy,
le 8 janvier 2010 – Quatre ans après le dernier record qui a permis de
casser une clé RSA de 663 bits, l'équipe CACAO et ses partenaires
démontrent la vulnérabilité d’une clé RSA de 768 bits. En conjuguant
différentes capacités de calcul mises à leur disposition pendant 2 ans
et demi, ils sont parvenus à casser cette clé de 232 chiffres en
retrouvant les facteurs premiers qui la composent. Ce nouveau record
est une belle illustration de l’efficacité des systèmes de calcul
distribué. Il confirme les recommandations de l’Agence nationale de la
sécurité des systèmes d’information (ANSSI) en démontrant la
vulnérabilité d’une clé RSA de 768 bits.
Un nouveau record de calcul réalisé sur une architecture distribuée
L’équipe
CACAO (pour Courbes, Algèbre, Calculs, Arithmétique des Ordinateurs) du
LORIA (équipe-projet INRIA commune entre INRIA, Nancy-Université et CNRS) et ses
partenaires suisses, japonais, hollandais et allemands (EPFL, CWI, NTT,
Université de Bonn) ont mis en commun différentes capacités de calcul
pour réussir à factoriser une clé RSA de 768 bits. Pour réaliser ce
calcul à grande échelle, l'équipe a recouru à une partie de
l’infrastructure Grid’5000 qui relie en France 1544 machines, soit plus
de 5000 cœurs. Au total, avec l’intervention des autres partenaires, ce
sont l’équivalent de 1700 cœurs utilisés pendant un an, soit 425 PC
quadri-cœurs pendant un an, qui ont été mobilisés.
Différentes
étapes ont été nécessaires pour mener à bien ce projet dont la première
a consisté à collecter plus de 64 milliards de relations . Cela a
nécessité plusieurs espaces disque (5 Tera-octets, copies de sauvegarde
et espace de travail). Pour garantir la bonne exécution du calcul,
l’intégrité des données, qui ont circulé d’un bout à l’autre de la
planète, a dû être vérifiée en permanence.
Le
calcul a démarré il y a 2 ans et demi. L'équipe CACAO, seul intervenant
français, a rejoint le projet en 2008 et a contribué à 37% du résultat
global (en ressources de calcul). L’équipe a notamment apporté son
expertise pour élaborer un protocole d’utilisation des machines et
rassembler le nombre nécessaire de relations. Selon Paul Zimmermann,
directeur de recherche au sein de l’équipe CACAO « Réaliser un tel
calcul en recourant à un outil comme Grid’5000 montre l’efficacité de
solutions de calcul distribué ou grilles de calcul. Ces dernières
représentent une alternative très sérieuse aux supercalculateurs. En
rassemblant des ressources simples, à l’échelle d’un PC, elles sont
efficaces à moindre coût.. ».
De la nécessité de démontrer la vulnérabilité des systèmes cryptographiques
Les
systèmes cryptographiques garantissent la sécurité des échanges de
données sur Internet, ils sont au cœur du commerce électronique.
S’assurer de leur fiabilité est dès lors crucial. Casser les codes de
protection d’un système de cryptographie conduit à chercher de
nouvelles solutions et donne les arguments pour favoriser l’adoption de
systèmes plus sécurisés.
Les
systèmes à clé publique (les clés pour chiffrer et déchiffrer sont
différentes, destinataire et expéditeur du message n’utilisent pas la
même clé) permettent d’échanger des informations confidentielles ou de
signer électroniquement des documents allant de l’Internet aux cartes à
puces. L’algorithme RSA (pour Rivest Shamir Adleman) fait partie de
cette famille de systèmes.
Pour
casser de telles clés, il faut retrouver les facteurs premiers qui la
composent. Une clé RSA-768 qui a été factorisée est un nombre de 232
chiffres d’où le besoin d’utiliser de grandes capacités de calcul pour
la factoriser.
D’après
la loi de Moore, la puissance des ordinateurs double tous les 18 mois.
Il convient donc de s’assurer régulièrement de la solidité des clés
mises sur le marché au vu des capacités de calcul sans cesse
croissantes des ordinateurs et des progrès algorithmiques.
Le résultat atteint prouve de manière catégorique la fragilité d’une clé RSA de 768 bits.
Il
confirme les recommandations de l’ANSSI (Agence nationale de la
sécurité des systèmes d’information) qui invite à ne pas utiliser de
clé de taille inférieure à 2048 bits pour une utilisation au-delà de
2010. Ce résultat lui donne l’argument décisif, pour convaincre les
derniers utilisateurs de clés RSA de 768 bits (ou moins) de changer de
solution. Tout système de chiffrement basé sur de telles clés
sous-dimensionnées, qui serait encore inclus dans les transactions
numériques (commerce électronique), les puces de cartes bancaires ou
autre système, s’avère en effet dès lors résolument inadapté.
La factorisation de RSA-768 (cf http://fr.wikipedia.org/wiki/RSA-768) est :
RSA-768
=
33478071698956898786044169848212690817704794983713768568912431388982883793878002287614711652531743087737814467999489
*
36746043666799590428244633799627952632279158164343087642676032283815739666511279233373417143396810270092798736308917
Pour plus d’informations, l'article scientifique « Factorization of a 768-bit RSA modulus », téléchargeable depuis l’adresse http://eprint.iacr.org/2010/006.pdf, détaille les aspects techniques de ce calcul.
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